LOL
L’humour anglais !!! Vaste programme !
Lorsqu’on s’attaque au vocable d’«humour », avec la volonté de le définir en terme simple et concret, on est immanquablement conduit à se casser les dents. Si en plus, un surcroît d’ambition nous amène à agrémenter ce mot d’un adjectif de nationalité, on n’a pas fini de s’interroger!
Ainsi, pour fuir tout risque de s’orienter vers un débat interminable et finalement vain, nous ne nous attarderons point sur une discussion de type sémantique. Nous chercherons d’avantage à établir une sélection forcément subjective et non exhaustive de ce que l’humour britannique peut désigner.
Attention ! Le mot subjectivité n’est pas écrit ici au hasard ! Ainsi, quand les Monty Python ont dit que l’on pouvait rire de tout, mais pas des choses pas drôles, ils pointaient alors du doigt un élément essentiel. En effet comme « chacun voit midi à sa porte », chacun peut aussi percevoir une image ou un propos comme le déclencheur d’une bonne rigolade, alors que le voisin restera de marbre.
Alors allons-y, risquons l’aventure aux confins de la drôle de contrée de l’humour, amusons nous en décortiquant soigneusement la british touch, en littérature (un peu), au cinéma et à la télévision (beaucoup).
Cependant pour éviter de sombrer dans un grotesque classement des 10 gags les plus divertissants, évoquons préalablement ce que d’autres avant nous entendaient par « Humour anglais ». Il fut un temps, pas si lointain où quand on voulait obtenir la définition exacte d’un mot on consultait le Larousse ou le Robert. Mais, autres temps autres mœurs. De plus et surtout, cet écrit étant destiné à Internet, autant profiter de ce média autant qu’il est possible, et allons faire un tour du côté de Wikipédia.
Ainsi selon la version française de cette encyclopédie renommée, l’humour anglais use à volonté des notions d’absurde et de noirceur. En ce qui nous concerne nous n’en doutons pas, séries et cinéma anglais aiment à nous montrer des situations décalées, illogiques et extravagantes. Quant à la noirceur, il est également vrai que le mal être et la mort sont sources de nombreuses plaisanteries. Ainsi, notre nouvelle amie Wikipédia nous offre une citation de l’humoriste de Génie, français pour sa part, Pierre Deproges devant laquelle nous pouvons nous délecter :
«
Comment reconnaître l'humour anglais de l'humour français ? L'humour anglais souligne avec amertume et désespoir l'absurdité du monde. L'humour français se rit de ma belle-mère. »
Un peu d’histoire :
Même si l’énoncé de nos intentions spécifiait qu’il ne s’agirait nullement d’un cours de sémantique, il est néanmoins intéressant (selon moi en tout cas ! Encore une question de subjectivité), d’évoquer rapidement les origines du mot « humour ».
A la lecture du livre de Robert Escarpit consacré à l’humour, on s’aperçoit rapidement que le mot n’est pas clair. Qu’il soit difficile (impossible ?) à définir est un fait établi, mais ses origines semblent tout aussi compliquées à préciser. Tantôt, accepté comme un mot de racine latine, il est aussi un mot qui trouverait ses origines dans la célèbre théorie médicale sur les humeurs développée par Galien pendant l’antiquité. C’est ainsi que bien des siècles plus tard il était encore lié à la médecine puisqu’il traduisait l’idée d’excentricité, de caractère fantasque. En clair, il s’assimilait à une forme de désordre mental provenant d’un déséquilibre humoral.
Pour en revenir à nous moutons, il est frappant de constater l’omniprésence du mot « anglais », dans la première partie de l’ouvrage. Il est de toutes les pages. Angleterre et Humour semblent unis à jamais.
« A partir du XVIII e siècle, l’influence anglaise rayonne sur l’Europe. Ainsi apparaît un nouveau concept qui tend progressivement à se détacher de son origine anglaise et qui, à notre époque, n’a plus rien de spécifiquement anglais. Malheureusement c’est un mot anglais, « humour », qui continue à le désigner. Ce mot est maintenant adopté par la plupart des langues où il retrouve sa forme primitive venue directement du latin »
Plus parlante encore est la dernière phrase du premier chapitre d’Escarpit
« l’humour au bout de cette évolution (c’est à dire dans le premier quart du XVIIIe siècle) en arrive à être ressenti comme une sorte de trait national, comme une tradition venue des profondeurs de l’âme anglaise. »
Dès la fin du XVIIe siècle, avec des auteurs comme Swift l’Angleterre se découvre un goût prononcé pour la satire. Le talent des anglais pour la caricature est visible notamment grâce au dessin qui seront publiés par Punch dont le premier exemplaire paraîtra en 1849. Mais l’humour du magazine ne se veut pas gratuit, les fondateurs ont toujours eu à l’esprit d’user de l’humour comme une arme pour dénoncer les inégalités.
Il n’est donc pas étonnant que la satire sociale soit l’un des genres cinématographiques dans lequel excelle les Anglais. Si les années Thatcher et leur injustice sociale ont visiblement nourri les réalisateurs de films comme The full Monty et les Virtuoses, ils suivent néanmoins un courant amorcé il y'a plusieurs siècles.
Un peu d’absurdité dans ce monde de brutes :C’est sans filet, puisque sans ouvrages sous les yeux que nous allons évoquer l’absurde dans le comique britannique. Pour cela, le plus perspicace est probablement de se pencher sur les séries TV. Des Monty Python à The IT crowd aujourd’hui, les shows télé anglais se sont beaucoup appuyé sur l’absurde pour rendre des situations cocasses. Une situation réaliste saupoudrée d’une pincée de fantastique, de fantaisies, semble s’appliquer à de nombreuses œuvres télévisuelles. Il est inutile d’en faire le catalogue mais je ne résiste pas à la tentation d’en citer quelques-unes unes, parmi mes préférées. Ainsi toutes les créations de l’Irlandais Graham Lineham répondent à cette idée. Quoi de plus absurde qu’une compétition d’imitation entre prêtres de différentes paroisses dans Father Ted, qu’une tour faite en soupe pour l’ouverture d’un restaurant librairie dans Black Books, ou encore qu’un homme, qui croyant se rendre à un cours de cuisine allemande (rien que cela c’est amusant), se retrouve chez un cannibale allemand, dans the IT crowd ?!
Ainsi contrairement à un humour français qui serait d’avantage axé sur les jeux de mots, les Britanniques développent un comique de situation plus visuel, plus lunaire, en gros un peu dingue.