Comme il est frustrant d’avoir remarqué la qualité d’un acteur, son immense potentiel dès 2002, et de ne pouvoir faire état de cette trouvaille qu’une fois la pépite déjà repérée par un grand nombre. Il est vrai qu’avec les sorties de
Le vent se lève de Ken Loach (palme d’or 2006),
Batman Begins dans lequel il jouait un vilain « épouvantail » tout à fait angoissant, ou encore
Sunshine, Cillian est aujourd’hui un acteur reconnu. En raisons de ses origines irlandaises certains parlent même de lui comme du nouveau Collin Farrell (absurdité totale selon moi). Même dans
The eye, film sans grand intérêt de Wes Craven, il parvenait à être bon !
Mais puisque ici j’emploi le « je », laissez-moi vous dire que je me suis mis à admirer cet acteur dès la sortie sur nos écrans du brillant et intense
28 jour plus tard. Evidemment le film de Zombies réalisé par Danny Boyle n’était pas le premier rôle du jeune comédien, il avait déjà fait ses galons d’essais dans quelques longs métrages qui m’étaient alors parfaitement inconnus (à ma décharge, peu d’entre eux ont été distribués en France).
Selon les rumeurs c’est l’acteur fétiche du réalisateur, Ewan McGregor, qui était pressenti pour le rôle principal. Cependant la brouille notoire qu’il y a eu entre le comédien et le metteur en scène au moment de la pré production de
La plage rend peu crédible ces bruits.
A la vision de ce film, le public assistait à une sorte de renaissance de la part du réalisateur anglais. Après le bide de
La plage, Boyle retournait au fondamentaux, et nous offrait de nouveau une œuvre destinée à être culte. Avec ce film de genre fauché, nous retrouvions la même sensation que devant
Petit Meurtres entre amis. Ce sentiment n’était pas seulement dû à la noirceur des deux réalisations, mais aussi au bonheur personnel de découvrir un acteur grandiose.
Cillian Murphy n’est certes pas un jeune premier, ce n’est pas un acteur qui peut s’appuyer sur sa seule capacité à séduire. Il n’est pas très grand, pas très épais, et on peu même aller jusqu’à dire qu’il a une tronche plutôt bizarre. Plus encore la noirceur de ses cheveux fait ressortir le bleu profond de ses yeux, tout cela lui conférant une ambiguïté incroyable, une impression d’inquiétante étrangeté pour reprendre l’expression de Freud dont on use avec délectation quand il s’agit de décortiquer une œuvre fantastique (qu’elle soit littéraire ou cinématographique).
Ce côté hors du commun du jeune acteur irlandais lui permet donc d’interpréter tout aussi bien l’archétype du méchant (
Batman begins,
The eye) comme de jouer sur un sentiment d’extrême vulnérabilité. Ainsi, dans
Retours à Cold Mountain, en seulement une scène, il parvient à construire un véritable personnage, il arrive à transmettre la stupeur, la crainte, et la honte du soldat qu’il interprète. Un grand acteur sans aucun doute.