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Le mythe du docteur Jekyll et de Mister Hyde

Le mythe du docteur Jekyll et de Mister Hyde

Posté le 24.03.2008 par englishsquare
Penchons nous d’abord sur notre sujet
Adoptons à nouveau une attitude scolaire pour approcher notre sujet, et ainsi examiner avec attention les mots de notre intitulé. La question se pose alors, pourquoi ne nous sommes pas bornés au simple titre de « Jekyll and Hyde » ? Pourquoi avons-nous ressenti la nécessité d’y adjoindre le terme « mythe ».
A la lecture du livre de Stevenson « L’étrange cas du docteur Jekyll », l’explication s’impose en fait d’elle-même. En effet, on a beau avoir vu un nombre conséquent d’adaptations cinématographiques de cette oeuvre, aucune n’est tout à fait fidèle à l’histoire originelle. C’est en fait l’idée de double maléfique qui attire l’attention. Le plus frappant est certainement la représentation de Hyde qui est radicalement différente entre l’ouvrage et les films. Alors que le double malfaisant de Jekyll est décrit en termes peu flatteur par Robert Louis Stevenson :
« Il était de petite taille, très simplement vêtu. Même à distance son aspect souleva chez le guetteur une certaine antipathie »
a l’inverse, le personnage est souvent incarné de façon à faire de Hyde, si ce n’est un homme séduisant au moins un être fascinant. Plus encore, bien que Jekyll soit le protagoniste central du livre, le notaire, M. Utterson, s’apparente d’avantage à l’image qu’un lecteur se fait d’un personnage principal. C’est par son enquête, ses découvertes et ses révélations que nous suivons le parcours du docteur Henry Jekyll. Or, dans les adaptations audiovisuelles de cette oeuvre, nous suivons directement le praticien, l’intermédiaire est effacé. En conséquence nous allons davantage nous pencher sur les personnages et les thèmes abordés par cette histoire que sur la trame en elle-même (si ce n’est pour en relever les différences les plus significatives).
Comme toute étude qui se veut quelque peu scolaire (des séquelles de mes années universitaires), il est essentiel de définir au préalable le corpus sur lequel va reposer cet article, les oeuvres qui vont nous aider à illustrer nos dires.

Pour partir à la conquête du mythe de Jekyll et Hyde, nous allons bien-sûr nous appuyer sur l’ouvrage originel de Stevenson, mais aussi sur la très bonne série produite par la BBC « Jekyll », diffusée récemment sur canal +. Nous traiterons également du film « Les deux visages du docteur Jekyll » réalisé par Terence Fisher, sous la houlette de la Hammer. Ce sera ainsi un préambule à l’article que nous consacrerons un peu plus tard au réalisateur.

Un Hyde bien différent
Avant tout revenons à la distinction essentielle entre le roman et ses adaptations, à savoir le tant redouté Mr Hyde. Cet être malfaisant est appréhendé comme l’image même du mal, celui qui est tapi au fond de l’homme. Il est la parabole de la bête féroce que l’être humain peu devenir. Mais alors qu’au cinéma Hyde en impose par sa force, Stevenson le dépeint comme un homme jeune marquant les esprit par sa petitesse. Le protagoniste adopte même parfois une politesse timide. S’il se dégage de lui quelque chose de détestable, c’est d’avantage par son aspect physique que par ses actes tels qu’ils sont décrits.
On peut donc penser qu’à l’époque de Stevenson, l’image que l’on se faisait du mal absolu s’assimilait à l’idée de petitesse et indubitablement de sournoiserie. La beauté au contraire est l’incarnation du bien. Ainsi quand le docteur Jekyll s’abreuve de sa potion afin de s’adonner aux joies du vice, il se défait de son apparence mondaine et élégante pour se changer en un être à l’aspect difforme. Il se fait monstre. Chez Fisher, tout comme dans la série de Steven Moffat, le monstre est conçu comme un homme plus séduisant que le docteur. C’est comme si l’on avait définitivement intégré la notion de méchanceté fascinante. Hyde effraie autant qu’il charme.
Par ailleurs, l’animalité intrinsèque à cet être fantastique n’est pas la même à l’écrit et à l’image. Stevenson évoque sa «sauvagerie simiesque » et son « rire de rat ». A l’inverse du côté de la BBC, Hyde s’apparente à un animal sauvage et noble, plus fort encore que le lion.
Mais l’animalité n’est pas tout. La série « Jekyll » insiste sur le côté sal gosse de Hyde. Il est dit à plusieurs reprises qu’il est un enfant dans un corps d’adulte, pour lui tout est prétexte jouer. Ce concept d’homme enfant est en fait habilement repris au roman tel que le prouve la phrase de Jekyll évoquant ses actes dans la peau de Hyde :
« J’ai distribué mes coups sans plus raisonner qu’un enfant malade »
De plus, dans le livre on émet d’abord l’hypothèse que Hyde serait le fils illégitime du brave docteur Jekyll. Ainsi dans la série « Jekyll », le double maléfique surnomme le docteur « Papa ».
Chez Fisher cette idée est complètement évacuée. Hyde n’est qu’un alter ego qui s’avère fort utile pour punir une femme infidèle.

La création de Hyde
Les raisons de l’existence de Hyde sont également fort différentes d’une oeuvre à l’autre. Chez l’écrivain anglais, il est conçu comme le moyen d’assouvir les vices d’un homme qui se veut honnête, sans risquer d’endurer les reproches de la société. Il est un camouflage. Après tout, le nom Hyde fait penser au mot anglais « Hide » qui signifie « cacher ». C’est donc à l’aide d’une potion que Jekyll peut délaisser son habit de société pour prendre une liberté qui s’avère dévastatrice.
« Les deux faces du Docteur Jekyll », le film de Terence Fisher, part d’un autre postula. Hyde est le résultat d’une expérience scientifique qui a pour but affirmé de montrer qu’il existe une barrière entre le bien et le mal. Si le docteur s’injecte, grâce à une énorme seringue, le résultat de ses recherches c’est pour mieux comprendre ce qu’il dit vouloir combattre. C’est la volonté d’annihiler le mal qui dicte ses actes.
Enfin dans « Jekyll », la série, plus besoin d’expérience, de formules ou d’injection, ce sont les gênes qui font tout le boulot. Le Jackman des années 2000 est un descendant du Hyde de la fin du XIX. La série s’adapte aux peurs de notre époque, gênes et clonage ainsi que théorie du complot sont ainsi les phobies sur lesquelles s’appuie le show télévisé. Mais les derniers épisodes vont encore plus loin, puisqu’il est dit que Hyde n’est en fait qu’un être fait d’amour. En effet, il agira tel quel en se sacrifiant afin de sauver ses enfants et la femme qu’il aime. Il s’agit là, d’une forme de suicide qui fait écho aux morts de Hyde chez Stevenson et chez Fisher. Mais ces décès-là n’étaient nullement les conséquences d’un désintéressement, mais au contraire de la volonté de fuire le regard des autres, même si le prix en était la mort.

Hyde et les femmes
Une autre divergence essentielle réside dans la présence de la gente féminine. Chez Stevenson point de femme. Elles n’ont guère d’importance. Avec Fisher, il s’agit déjà d’une toute autre histoire. Terence Fisher étant l’un des cinéastes phares du studio de production anglais La Hammer, il lui a fallu adapter l’histoire. Le récit est d’ailleurs tellement arrangé qu’il est très loin de l’ouvrage originel. Si l’époque reste la même (fin du XIXième siècle), il a fallu répondre au cahier des charges des producteurs et ajouter de jolies femmes en danger. La sensualité de la danseuse au serpent ancre le film dans son époque. Le sexe n’est plus tabou, il doit même être explicite. Ainsi allusions salaces, tombeurs de ses dames et femmes infidèles sont intégrés au récit. Plus encore le vieux garçon Jekyll de Stevenson est désormais marié.
Dans le show de la BBC, Jackman (descendant de Jekyll) a lui aussi une épouse. D’autre part, cette femme, Claire, prend une place de plus en plus capitale dans chacun des épisodes. Le spectateur finira par comprendre qu’elle est en fait au centre de tout. L’arrivée de Hyde est intimement liée à sa propre existence. Mais ce n’est pas l’unique femme de l’histoire, il y a aussi la secrétaire secrètement amoureuse de Jackman, les deux détectives lesbiennes, et la mère de Jackman. Cette dernière est au combien importante puisqu’elle est à la tête du complot.

Mythe
Dr Jekyll et Mr Hyde est donc devenu un mythe, à la manière de Dracula ou de la créature de Frankenstein. C’est seulement en consultant l’œuvre originelle de Stevenson que l’on prend conscience de l'étonnante infidélité des adaptations. Chaque auteur reprend en fait la notion de double démoniaque pour la transformer en ce qu’il veut, et plus encore pour cadrer avec les terreurs de ses contemporains. L’inscription « Adapté pour l’écran » a rarement aussi bien convenue à une histoire.



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